Paroles d'expert

Philanthropie :
comment mettre son patrimoine au service des autres ?

Philanthropie :<br>comment mettre son patrimoine au service des autres ?

Sur le marché de la philanthropie, quelles sont les causes qui retiennent l’attention des Français ?

Aujourd’hui, plus de huit Français sur dix considèrent que les associations ont plus que jamais besoin du soutien des particuliers. Cet attachement au monde associatif est profond et les causes qui mobilisent le plus les Français restent celles liées à la santé, à la recherche médicale, à l’aide aux personnes en situation de précarité et à l’enfance.

L’Association Petits Princes agit depuis près de 40 ans auprès des enfants gravement malades. Nous travaillons en étroite collaboration avec plus de 150 services hospitaliers en France autour d’une cause qui fédère très largement. Les différentes études le montrent : lorsqu’il est question d’enfance et plus encore d’enfants gravement malades, la mobilisation est particulièrement forte. Que l’on soit parent ou non, cette cause suscite spontanément empathie et solidarité.

Nous le constatons également avec nos partenaires entreprises. Lorsqu’elles proposent à leurs collaborateurs de choisir une association à soutenir parmi plusieurs proposées, l’Association Petits Princes figure très souvent parmi les premières. Cet engagement témoigne de la sensibilité du grand public envers les enfants atteints de pathologies lourdes et de leur volonté de les soutenir concrètement.

Quelles évolutions constatez-vous dans la philanthropie en France et les profils des donateurs et des dons que vous recevez ?

La philanthropie connaît aujourd’hui une évolution contrastée : d’un côté, les montants collectés poursuivent leur progression ; de l’autre, le nombre de donateurs s’érode.

En effet, en 2025, le montant des dons de particuliers a augmenté de 3,6 % en France par rapport à l’année précédente 1. Mais cette dynamique, pourtant encourageante, s’accompagne d’une diminution du nombre de Français ayant effectué un don, puisque 47 % déclarent avoir fait un don en 2025, contre 52 % l’année précédente 2.

La progression du montant global s’explique notamment par la montée en puissance du don digital, qui représente désormais 36 % des dons ponctuels, ainsi que par le développement des dons réguliers (prélèvements automatiques).

Le montant moyen d’un don en France s’établit à 336 €, toutes associations et fondations confondues alors qu’à l’Association Petits Princes, il est de 106 €.

Cela peut être dû à l’évolution sensible du profil des donateurs observé à l’Association. Les jeunes générations sont aujourd’hui davantage présentes qu’il y a quelques années, une tendance qui s’est nettement accélérée depuis la crise sanitaire. Leurs dons sont généralement d’un montant plus modeste, mais ils permettent d’élargir notre communauté de soutiens et constituent un véritable enjeu de fidélisation.

Cette évolution est notamment portée par les réseaux sociaux et par des personnalités qui s’engagent durablement à nos côtés. Squeezie, fidèle à l’Association Petits Princes depuis plus de dix ans et l’un des créateurs de contenu les plus suivis en France, a largement contribué à faire connaître notre mission auprès d’un public plus jeune. Sa vidéo retraçant quinze rêves d’enfants réalisés avec l’Association a rencontré un écho considérable (5,8 millions de vues) et permis de sensibiliser une nouvelle génération de donateurs 3.

Les attentes de ces nouveaux donateurs diffèrent toutefois de celles de leurs aînés. Les plus jeunes privilégient souvent des engagements guidés par l’émotion, l’immédiateté ou un coup de cœur.
Ils soutiennent plus facilement plusieurs causes au fil de l’actualité, sans nécessairement s’inscrire dans une relation durable avec une même association.

À l’inverse, les donateurs plus âgés développent généralement un engagement de long terme. Ils soutiennent régulièrement plusieurs associations, souvent trois ou davantage, et inscrivent leur générosité dans la durée. Pour les associations, le véritable défi consiste donc à transformer un premier don en une relation de confiance pérenne. Fidéliser ces nouveaux donateurs est aujourd’hui un enjeu majeur pour assurer la continuité de nos actions.

Les donateurs bénéficient-ils d’avantages fiscaux incitatifs ?

Les dons effectués par les particuliers en faveur de l’Association Petits Princes – association reconnue d’utilité publique depuis 2010 – ouvrent droit à une réduction d’impôt sur le revenu de 66% par an dans la limite de 20% du revenu imposable. Au-delà de ce plafond, l’excédent peut être reporté sur les cinq années suivantes.

Par exemple, pour un don de 1 000 €, vous pourrez déduire 660 €, ce qui ramène le coût réel de votre don à seulement 340 €. Les donateurs peuvent choisir d’effectuer un don ponctuel ou de mettre en place un prélèvement automatique mensuel afin de soutenir durablement les actions de l’Association. Vous pouvez effectuer des dons jusqu’au 31 décembre 2026 pour bénéficier de la réduction d’impôt au titre de votre impôt sur le revenu 2027.

Les entreprises bénéficient également d’un dispositif fiscal favorable. Les dons ouvrent droit à une réduction d’impôt sur les sociétés de 60% de leur montant, dans la limite de 5‰ du chiffre d’affaires annuel.

Au-delà de l’avantage fiscal, le mécénat constitue un véritable levier d’engagement pour les entreprises. Nombre de PME de 10, 30 ou 50 collaborateurs choisissent ainsi de soutenir l’Association Petits Princes, soit en nouant un partenariat, soit en mobilisant leurs collaborateurs autour d’une collecte ou d’une opération de solidarité. Ces démarches renforcent la cohésion interne tout en donnant du sens à l’engagement de l’entreprise.

Quel type de projets peuvent être soutenus grâce aux dons ?

L’Association Petits Princes s’engage à réaliser les rêves des enfants et adolescents gravement malades. Travaillant avec plus de 150 services hospitaliers en France, grâce aux dons que nous recevons, nous réalisons plus de 700 rêves par an dans des domaines très variés, soit près de deux rêves par jour, avec des rêves qui durent entre un et cinq jours.

Les dons permettent également de financer des projets au sein des hôpitaux, en réponse aux besoins exprimés par les services pédiatriques avec qui nous travaillons en pleine confiance. Il peut s’agir d’améliorer le cadre de vie des enfants (décoration, puits de lumière…), de rendre les soins moins anxiogènes ou encore de proposer des activités favorisant leur bien-être pendant leur hospitalisation (conteuses au chevet, infrastructures sportives…)

 

L'Association Petits Princes
© L’Association Petits Princes

Parmi les initiatives récemment soutenues figurent notamment la mise en place de séances de médiation animale au CHU de Besançon, où les enfants peuvent interagir avec différents animaux aux côtés d’une soigneuse spécialisée ; la création d’un espace dédié à la lecture et à la détente au CHU de Dijon ; l’organisation de séjours d’initiation à la voile pour des enfants suivis à l’hôpital Robert-Debré ; ou encore la décoration immersive de salles d’IRM afin de réduire le stress lié aux examens médicaux.

Chaque année, près d’une centaine de projets hospitaliers sont ainsi financés, pour des budgets généralement compris entre 10 000 et 40 000 €. Certains sont proposés par les équipes hospitalières, qui recherchent un soutien financier pour concrétiser une initiative déjà mûrie avec les soignants. Dans d’autres situations, l’Association Petits Princes est force de proposition et accompagne les établissements dans l’émergence de projets innovants au bénéfice des enfants hospitalisés.

Au-delà de leur dimension matérielle, ces projets poursuivent tous le même objectif : améliorer le quotidien des enfants gravement malades et leur offrir, malgré la maladie, des moments d’évasion, de joie et de répit. C’est cette ambition que rendent possible, chaque jour, la générosité et la fidélité de nos donateurs.

Quels sont les leviers qui permettent de concilier générosité et transmission de son patrimoine ?

Plusieurs dispositifs permettent de transmettre tout ou partie de son patrimoine, tout en soutenant une cause d’intérêt général. Ces solutions offrent la possibilité d’allier générosité, transmission et optimisation fiscale, dans le respect des volontés de chacun.

On peut décider de transmettre des biens immobiliers, des sommes d’argent, des valeurs mobilières ou encore des œuvres d’art à une association. Les dernières volontés doivent être précisément rédigées dans un testament, pour ne pas être remises en cause.

LEGS

Parmi les dispositifs de legs relativement méconnus quand on n’a pas d’enfant, il existe le legs net de frais et de droits. Il permet de gratifier un proche tout en soutenant une association, sans pénaliser le bénéficiaire. Cette solution est notamment adaptée lorsqu’il s’agit d’un neveu, d’un arrière petit-enfant ou d’une personne sans lien de parenté direct, pour lesquels les droits de succession peuvent être très élevés (60% du montant reçu).

Reconnue d’utilité publique et exonérée de droits de succession, l’Association Petits Princes peut être désignée légataire universel avec la charge de reverser une partie des biens à un tiers désigné par le testateur. Elle acquitte alors les droits de succession dus par ce bénéficiaire, ce qui permet d’optimiser la transmission tout en préservant les intérêts de chacun.

Par exemple, Monsieur P souhaite léguer 100 000 € à son neveu. Dans le premier cas, il indique directement ce montant dans son testament. Comme le neveu est un parent au 3ᵉ degré, les droits de succession de 55 % s’appliquent, et l’État prélève 55 000 €. Le neveu ne touche finalement
que 45 000 €.

Dans le second cas, Monsieur P passe par l’Association Petits Princes : il lègue 45 000 € nets de frais et de droits à son neveu.
L’association paie les 55 % de droits sur les 45 000€ (soit 24 750 €) et utilise les 30 250 € restants pour ses missions sociales.

Résultat : le neveu reçoit dans les 2 cas la même somme mais dans le 2ème cas, l’Association Petits Princes qui comptait pour Monsieur P est soutenue.

DONATION

En dehors du legs, il est également possible d’effectuer une donation de son vivant afin d’accompagner immédiatement une cause qui nous tient à cœur.

ASSURANCE-VIE

Enfin, la transmission par le biais d’un contrat d’assurance vie permet de gratifier une cause dans un cadre fiscal avantageux, et ne rentre pas dans l’actif successoral. On peut désigner l’Association Petits Princes comme bénéficiaire de son assurance vie. Il faut se rapprocher de son conseiller pour comprendre le fonctionnement des versements de primes, les abattements fiscaux…

Pour conclure, sachez que les sommes reçues grâce aux legs et à l’assurance vie représentent 2 millions d’euros sur une collecte globale annuelle de 6 millions d’euros, soit un tiers de nos ressources ! Ces gestes de transmission sont donc essentiels : ils nous permettent de nous inscrire dans la durée et d’offrir chaque année à des centaines d’enfants gravement malades la possibilité de réaliser leurs rêves, tout en développant des projets au sein des services hospitaliers partenaires.

Matthieu Jeanningros,
Directeur de la communication, des partenariats et de la collecte de l’Association Petits Princes.

 


  1. Baromètre de la solidarité 2026.
  2. Baromètre de la générosité.
  3. Squeezie – On a réalisé le rêve de ces enfants.